PRISE EN CHARGE DES PATHOLOGIES CHRONIQUES EN AMBULATOIRE : EFFICACITE ET REELLE COOPERATION

Il existe, depuis plusieurs années, une volonté politique réelle de faire prendre en charge les patients atteints de pathologies chroniques dans le cadre de la médecine ambulatoire en réorganisant le parcours de soins, en facilitant son accès et en utilisant, d’une manière coordonnée, l’ensemble des ressources liées aux professions médicales et paramédicales dans le monde libéral. Tous les acteurs approuvent cette philosophie qui a été renforcée par la loi au cours des derniers plans de financement de l’Assurance Maladie. Le but est, bien sûr, d’améliorer la prise en charge des patients mais, également, d’éviter les recours inopinés aux services d’urgences ou des hospitalisations inutiles. C’est un moyen de retirer à l’hôpital des patients qui ne doivent pas être hospitalisés dans des structures lourdes, en dehors d’accidents aigus ; c’est un moyen, également, de permettre à l’hôpital de rejoindre la médecine de ville dans le cadre de l’efficacité de la maîtrise médicalisée.

Ceci implique pour l’U.ME.SPE/CSMF de participer activement à l’organisation du second recours. Les soins primaires ne seront jamais efficaces si l’on ne développe pas et si l’on ne reconnaît pas la chaîne des soins secondaires apportée par la médecine libérale de proximité. Ne pas organiser le second recours, c’est réduire le système de soins à un axe court, déséquilibré et inefficace à l’anglaise, médecin traitant gatekepper, structure hospitalière. Dans l’organisation de ce second recours, dans certains cas, le praticien spécialiste participe également au premier recours.

Mais ce rapport et ce dialogue, médecin traitant/médecin correspondant, mis en place par la convention de 2005 doivent être renforcés et élargis aux pratiques coopératives interprofessionnelles regroupant l’ensemble des professionnels de santé libéraux. C’est un moyen de mieux utiliser les uns et les autres, encore faut-il que ceci se fasse dans le cadre d’un dialogue et d’une transparence. Les émotions et les réticences de deux syndicats d’infirmiers, l’un vis à vis de la CSMF, l’autre vis à vis de MG France, doivent nous interpeller ; nous devons respecter toutes les sensibilités. Les expériences des uns et des autres sont légitimes, encore faut-il que, dans le cadre de l’élaboration, un dialogue local corresponde à ce qui a été développé au cours de ces trois dernières années dans le cadre du CNPS et de l’UNPS. Finalement, personne ne doit craindre le rôle d’un médecin traitant, chef d’orchestre, dans la mesure où il coordonne l’efficacité de tous les acteurs en laissant parfois s’exprimer, dans l’intérêt des patients, des actions isolées ou prépondérantes même si elles ne viennent pas d’une initiative du médecin traitant. Tous les professionnels de santé, médicaux et paramédicaux, participent à l’accès aux soins, à une meilleure prise en charge du patient et c’est la raison pour laquelle, l’U.ME.SPE et l’UNOF ont développé, depuis près de dix ans, ce concept de pratiques coopératives interprofessionnelles où chacun trouve sa place sans faire de l’ombre à  l’autre, la déflation démographique nous donnant des marges de manœuvres financières.

Dans ce concept idéal, nous nous heurtons, actuellement, à deux écueils : celui des multiples expérimentations souvent initiées par l’Assurance Maladie et qui peuvent constituer un véritable  « mille feuilles » prenant en otage le même patient (qui peut être, à la fois diabétique, insuffisant cardiaque et en sortie d’hôpital après une prothèse de hanche…). Il faut donc, comme dans le passé où nous avons transformé les CAPI en ROSP, répondre à l’invitation du Directeur de l’Assurance Maladie pour négocier tous ensemble, dans le cadre de l’UNPS, sans aucune exclusive, des avenants à l’ACIP qui est le socle qui doit réunir toutes nos professions en permettant des déclinaisons, exercice par exercice, profession par profession, et en respectant toujours le choix individuel du praticien libéral.

Le deuxième obstacle est lié à l’idéologie passéiste d’une faible fraction de médecins traitants que nous avons entendus, dans le cadre du congrès de MG France. Si l’accueil et le dialogue ont été de mise, notamment parmi les jeunes médecins généralistes, nous avons, quand même, entendu par les plus anciens, souvent Professeurs de médecine générale, des propos dépassés d’un médecin omnipraticien qui n’est pas forcément omniscience, comme le dit souvent notre ami Michel COMBIER. Se vanter, en public, qu’un diabétique ne sera jamais vu par un diabétologue nous semble relever du passé. De même, vouloir réécrire, à la place de la Haute Autorité de Santé, des protocoles sur l’insuffisance cardiaque relève d’une vue étroite de la prise en charge des patients.

C’est tous ensemble, professionnels de santé, spécialistes en médecine générale ou spécialiste d’organes ou de tranches d’âge, que nous devons contribuer à l’élaboration des protocoles de la Haute Autorité de Santé mais après les appliquer au quotidien. Car, en effet, il ne faut jamais oublier qu’à vouloir à tout prix prendre en charge toutes les pathologies, le médecin chargé des soins primaires  peut se retrouver en déficit de diagnostic et en perte de chance pour le patient.

La réponse, nous l’avons trouvée, depuis dix ans, dans les réunions de travail en commun UNOF et U.ME.SPE dans le cadre de la CSMF pour déterminer les pratiques coopératives interprofessionnelles ; il faut les élargir, désormais, à l’ensemble des professionnels de santé, médicaux et paramédicaux, pour marginaliser ceux qui font preuve d’ostracisme.

Docteur Jean François REY