NEWSLETTER DE L'U.ME.SPE.-CSMF - UN SYSTEME A RECONSTRUIRE

Dans un parfait concert d’invocations, tous les acteurs de la santé déclinent actuellement leur plateforme de propositions en vue de la modernisation de notre système de soins. La simultanéité n’est pas fortuite car l’époque s’y prête surtout que, pour la première fois dans l’histoire politique récente, la santé et la protection sociale ont été mises au centre des débats de la primaire de la droite, relayée par celle de la gauche. Chacun y va donc de ses revendications au statut de pivot de l’organisation des territoires.

Une bataille a clairement débuté entre les adeptes d’un système conçu comme une organisation pyramidale, reposant sur l’hôpital public et les partisans d’un système plus libéral s’appuyant sur une organisation plus horizontale, plus entrepreneuriale et, donc, moins régulée.

À écouter ses thuriféraires, l’hôpital public - organe traditionnel de déploiement des politiques d’Etat élaborées par le pouvoir central - serait le seul « garant » de l’efficience sanitaire. Cette vision politique est revendiquée par la ministre de la santé, partagée par des hommes politiques de tous bords, considérant que l’Etat doit assumer son rôle de régulateur, d’organisateur, voire même d’offreur de soins. Dans ce scénario, l’État sort clairement de ses prérogatives régaliennes car seule la protection de la personne relève de sa responsabilité dans ce champ. Or cette posture, déjà largement coutumière, n’aboutit qu’à opposer les acteurs, destructrice et délétère pour la prise en charge des patients. Si l’on n’y prenait garde, la mise en place des GHT puis des CPTS (Communautés Professionnelles de Territoires de Santé) et de PTA (Plateformes Territoriales d’Appui) ne seraient que les moyens d’appliquer cette politique centralisatrice alors que ces deux dernières entités n’avaient, initialement, pas été pensées, élaborées ni réfléchies dans ce sens. Que les choses soient claires : nous refuserons de les construire et/ou de les utiliser si l’objectif est de reconvertir des organisations qui ont échoué sous la tutelle de l’hôpital public.

Comment accepter, aujourd’hui, qu’une certaine organisation, soutenant cette politique gouvernementale, déclare de façon grossière, inexacte et insultante, que le fonctionnement libéral doit être remis en cause, avançant l’alibi de la désertion du terrain, prônant le plafonnement des revenus …  Tout cela pour lui permettre de recruter plus facilement des « agents » et, surtout, sauvegarder un modèle si peu attractif qu’elle est dans l’obligation de demander le démantèlement de l’autre.  Comment le président de cette fédération peut-il porter cette rhétorique pour le moins étonnante, voire ambiguë, quand il se revendique d’un parti (et d’un candidat) de la droite libérale ! Comment penser une seule seconde que ce modèle puisse donner des résultats sur l’efficience de notre système de soins alors qu’il est le pourvoyeur des plus grands déficits !

Qui aurait assez d’insouciance ou d’irresponsabilité pour donner les clefs du système à cette organisation qui se dit en « burn out » malgré les perfusions d’argent public organisées des gouvernements successifs, celui-là après les précédents. Pourtant, ses militants persistent à vouloir construire des organisations économiques du même type : maisons de santé, centres de santé, réseaux et filières hospitalo-centrés. Même ceux qui se prétendent « en marche » semblent aspirer à la même ambition alors qu’ils se revendiquent d’une politique libérale et se réfèrent même à Frédéric Bastiat !

Je veux bien concevoir que les syndicats médicaux ne se montrent pas beaucoup plus volontaristes : ils sont collectivement porteurs d’une certaine forme de conservatisme et de cécité devant les innovations qui nous submergent tous les jours. La voie de l’ultra-libéralisme n’est pas raisonnable et serait vouée à l’échec, car nier les fondamentaux de notre système de soins et de protection sociale ne peut conduire qu’à une bataille idéologique et destructrice. Par contre, accepter l’évolution des modes d’organisations, des valeurs et des compétences des métiers peut conduire à de meilleures performances de tous les acteurs, à une plus grande qualité des services. Laissons les acteurs définir leur rôle en fonction de leur capacité à répondre aux besoins et aux objectifs établis dans le cadre d’une démocratie sanitaire participative.

De profonds changements doivent être mis à l’étude. Rouvrons sans tarder le débat sur les statuts respectifs des médecins et des établissements, remettons clairement sur le chantier les ordonnances -Debré, vieilles de 70 ans, comme la Charte de la médecine libérale datant de 1928.  Organisons la mobilité entre les deux secteurs, permettons une plus grande émulation sur les territoires entre les acteurs historiques mais, aussi, ceux de demain. Pourquoi interdire à l’hôpital de venir vers la proximité ? Donnons alors les mêmes moyens à tous les acteurs. Installons une concurrence loyale et génératrice de qualité et d’économie. Sur ce thème, l’expérience allemande peut nous enseigner des innovations plus inspirantes que le regard indéfiniment porté dans le rétroviseur du système anglo-saxon dont l’échec est patent.

Par contre il reste, et restera, de la responsabilité des politiques de définir les modes de financement de notre système de soins, d’ordonner la place de tous les assureurs dans la solvabilité de l’usager, mais, surtout, de définir le champ de la solidarité. C’est là une obligation régalienne de l’État car, aujourd’hui, la fuite de leurs responsabilités par les politiques est à la source du déficit de confiance de tous les acteurs partageant une même peur du changement.

Comme toutes structures professionnelles, l’U.ME.SPE.-CSMF livrera, sous quelques semaines, des propositions partagées par l’ensemble des verticalités qui la composent, dans une optique de rénovation pérenne de notre système de soins.

Dr. Patrick GASSER
Président