MEDECINS « GATEKEEPERS » OU COOPERATION INTERPROFESSIONNELLE

Le rapport de la Cour des Comptes est, chaque année, un moment important qui permet des critiques souvent utiles mais parfois politiquement orientées. Dire que le parcours de soins, mis en place en 2004, n’est pas totalement abouti est une évidence que nous partageons car il a été initialement présenté par les caisses d’Assurance Maladie comme un parcours essentiellement administratif en faisant de l’adhésion aux médecins traitants un véritable référendum pour le Ministre de l’époque et son directeur de Cabinet devenu directeur de l’UNCAM. Après une mise en place difficile qui a valu, à certaines spécialités cliniques, une perte importante de patientèle, le bon sens des acteurs médecins et patients a retrouvé l’équilibre souhaitable avec une coordination des soins basée sur l’axe médecins traitants et médecins consultants. L’augmentation de l’acte du consultant C2 étant le témoin de cette compréhension et a permis, aux spécialités cliniques concernées d’améliorer leurs revenus comme l’a montré la Cour des Comptes. Mais si le parcours de soins n’est pas totalement abouti, c’est essentiellement parce qu’il manque un outil indispensable à la communication entre les acteurs de santé, le DMP. C’est un échec patent de ceux qui ont eu en charge son déploiement. Nous ne pouvons que nous réjouir du changement de politique des représentants des patients qui ont, enfin, compris que le DMP était un objet de communication entre professionnels de santé au bénéfice de leurs patients.

Il est donc bien évident que nous ne partageons pas la volonté politique de MG France qui n’a toujours pas fait le deuil d’un médecin référent à volonté d’évoluer vers un médecin « gatekeeper » face à un couple médecin traitant / médecin correspondant. Donc, aujourd’hui, au lieu de demander une évolution de notre système de soins vers une médecine à l’anglaise où le médecin « gatekeeper » gère une véritable officine avec des managers et des paramédicaux, il faut évoluer, à travers l’organisation des soins en France beaucoup plus efficiente que la médecine anglaise, vers des coopérations interprofessionnelles. Pour les pathologies chroniques, il est important que le recours à l’hôpital soit évité, que les sorties d’hôpital soient mieux organisées et que la médecine ambulatoire, avec toute cette composante médecins, pharmaciens, kinésithérapeutes, infirmières… joue totalement son rôle dans le cadre de pratiques coopératives interprofessionnelles. Nous sommes donc très loin du médecin référent hégémonique et privilégions la coordination des soins centrée sur le patient.

Ces pratiques coopératives interprofessionnelles doivent être encouragées par la tutelle, financées car l’organisation des soins et les coopérations sont chronophages, d’une manière identique aux financements qui ont été apportés aux maisons de santé pluridisciplinaires ou aux diverses expériences actuellement en cours. C’est un sujet sur lequel la Ministre de la Santé, Marisol TOURAINE, s’est engagée. Il faut désormais passer des paroles aux actes, donner l’ordre aux ARS de s’impliquer dans l’aide aux professionnels libéraux qui s’engageraient dans cette voie car ils n’ont pas l’expérience de l’administration, de ses demandes contractuelles et ils ont besoin d’être accompagnés initialement tant sur le plan structurel que financier dans leurs démarches. Parler des déserts médicaux en réduisant ce concept à la médecine générale est une erreur,  nous  avons  besoin  de médecins généralistes et de médecins spécialistes  regroupés  dans des pôles de santé, avec d’autres professionnels, et qui pourront faire des consultations avancées permettant ainsi de résoudre les besoins de la population en gardant en mémoire le dessin de PLANTU, publié récemment dans le Monde, où on ne peut demander à des jeunes médecins de réparer trente ans d’erreurs politiques de désertification du territoire.

Le concept de médecins référents est largement dépassé, celui de 2004 d’un parcours de soins limité aux médecins traitants-correspondants l’est également. Nous sommes actuellement dans la mise en place de coopérations interprofessionnelles dont nous connaissons l’efficacité et qui, de plus, ont un coût bien inférieur à celui des structures hospitalières publiques pour la prise en charge d’un même type de pathologie.

Docteur Jean François REY