LES PRATIQUES COOPERATIVES INTERPROFESSIONNELLES FACE AU MEDECIN REFERENT « GATEKEEPER ».

L’UNPS représente légitimement, de par la loi, l’ensemble des professionnels de santé libéraux et a élu, à une large majorité au mois de juillet dernier, un Bureau qui a en charge de négocier la mise en place de nouveaux modes de rémunération pour assurer une meilleure coordination des soins dans le secteur libéral. Bien que largement minoritaires, nous avons convié les syndicats minoritaires, rassemblés autour de MG France, à une réflexion commune pour mettre en place un front uni face à l’Assurance Maladie. Après des hésitations, la conférence de rentrée du président de MG France montre que la ligne politique de ce syndicat et de ses alliés, minoritaires au sein de l’UNPS, n’a pas changé. Vouloir mettre en place une coordination des soins basée sur le médecin traitant – référent associé uniquement au pharmacien et à l’infirmier, c’est vouloir revenir à une filière à l’anglaise de type « gatekeeper » éliminant tous les autres professionnels de santé et, en particulier, les médecins spécialistes de proximité. C’est contraire à l’intérêt des patients mais, également, à notre système de soins où les médecins spécialistes sont en ville et à l’hôpital. C’est également un non sens économique car nous savons que la prise en charge en ville par les professionnels de santé libéraux est bien moins onéreuse que celle des structures hospitalières publiques.

C’est également vouloir faire échouer une négociation conventionnelle dans le cadre de l’ACIP avec l’Assurance Maladie pour mettre en place un cadre et des lignes générales qui seraient, après, déclinés à travers nos conventions et des accords interprofessionnels. Le législateur a voulu cette négociation, en cas d’échec c’est un règlement minimal conventionnel qui s’appliquera et nous savons, par expérience, sa nocivité comme nous l’avons vécu, pendant 7 ans, à la fin des années 90 jusqu’à la convention de 2005. C’est également la volonté de MG France et des syndicats minoritaires de vouloir privilégier des accords locaux réalisés sous l’égide des ARS et, étant minoritaires, de bénéficier d’une connivence politique qui remplacerait les règles démocratiques de la majorité.

Face à une médecine administrée sous l’égide de l’Etat, nous sommes en faveur d’une politique conventionnelle permettant de regrouper, en fonction des besoins, l’ensemble des professionnels de santé autour de l’Homme, autour du patient. Tous les soins seront rémunérés comme actuellement à travers le paiement à l’acte et les actes inscrits dans nos conventions, la coordination devra envisager de regrouper, dans le cadre général de l’ACIP, l’ensemble des diverses expérimentations actuelles (PRADO, SOPHIA,….) d’une manière identique à la démarche conventionnelle que nous avons faite précédemment où les CAPI ont été remplacés par des rémunérations sur objectifs de santé publique. On peut, d’une manière analogue, envisager les différentes étapes liées à cette coordination des soins, selon le mécanisme de la ROSP, permettant ainsi, à chaque professionnel de santé, de s’inscrire dans cette dynamique en fonction des besoins des patients, en fonction de la volonté de chacun de s’impliquer dans la coordination, avec une rémunération complémentaire annuelle sous la forme de forfaits. Nous proposons une prise en charge conventionnelle du patient considéré dans sa globalité complexe incluant les abords cliniques et para cliniques et intégrant les dimensions humaines relationnelles et psychodynamiques (concept Homme-patient) face à une médecine administrée par les ARS.

Il est bien évident que l’UNPS se mobilise pour faire échec à cette volonté politique de MG France et de ses alliés minoritaires, la reconnaissance de la médecine spécialisée de proximité est bien sûr un objectif important pour nous qui avons, depuis plusieurs années, privilégié l’élaboration de protocoles et de pratiques coopératives interprofessionnelles dans le cadre de la CSMF avec des apports conjoints de l’UNOF et de l’U.ME.SPE.. Comme vous avez pu le voir dans les diverses déclarations, l’UNPS se positionne dans le respect de la démocratie, interpelle le gouvernement et l’Assurance Maladie sur la nécessité d’ouvrir sans retard les négociations dans le cadre de l’ACIP et il est bien évident que les médecins spécialistes doivent s’inscrire dans cette dynamique en réfléchissant sur les nécessités de modifier parfois leur mode organisationnel face aux aspirations légitimes des jeunes médecins qui souhaitent travailler en groupe, en coopération et c’est pourquoi l’UNPS se battra pour qu’aucun professionnel de santé ne soit exclu de ces nouvelles prises en charge. Il est bien évident que l’U.ME.SPE., dans le cadre de la CSMF, sera vigilante pour le respect de l’application du projet confédéral qui est à l’opposé des propositions de MG France, plus que jamais le groupe de travail UNOF / U.ME.SPE. pour porter nos idées communes prend de l’importance.     
 
Dr Jean François REY