LES ECONOMIES DE LA MEDECINE DE VILLE DOIVENT PROFITER A LA VILLE

Pour la 4ème année consécutive, l’ONDAM de ville ne sera pas totalement utilisé. Ceci est du à l’efficacité de la maîtrise médicalisée que nous avons mise en place à travers les conventions. Il faut se souvenir de tous les sourires sceptiques de nombreux économistes de santé, voire des structures hospitalières publiques, lorsque nous avons mis en place ce nouveau concept. A ce jour, plus de deux milliards ont été économisés. Il n‘est pas concevable qu’ils servent à pallier le déficit de l’Assurance Maladie, ce dernier étant lié à deux causes essentielles : la récession, et donc la diminution des recettes, mais, également, l’absence de mobilisation des structures hospitalières publiques dans les différents plans d’économie. La médecine de ville, dans un concept large impliquant l’ensemble des professionnels de santé, ne peut en aucun cas servir de variable ajustable à l’inefficacité des structures hospitalières publiques. Et ceci n’est pas lié à nos confrères, médecins hospitaliers, mais à l’organisation inefficiente d’une médecine administrée par des technocrates loin des patients et des médecins.

La première conséquence, et la plus importante, est la fin des  baisses tarifaires imposées à de multiples actes médicaux. Il est bon de rappeler que ceci est une constante politique, indépendante des gouvernements puisque appliquée d’une manière aussi injuste par les gouvernements de droite et de gauche. Il n’y a plus aucun justificatif à ces baisses tarifaires qui, de plus, vont à l’encontre de la volonté de conserver une médecine de proximité. Que feront les médecins traitants sans spécialistes de proximité, cliniciens, biologistes, radiologues… ?

Le deuxième élément est, qu’au moment où une embellie apparaît dans la situation économique en France et en Europe, nous ne pouvons continuer à voir des tarifs des actes médicaux qui sont totalement éloignés de la réalité économique et qui, même pour les actes cliniques de base que sont les consultations, constituent un véritable affront. Comment peut-on accepter que des médecins, au minimum à BAC +12, assurant une formation médicale continue, et donc une responsabilité vis à vis des patients, aient une consultation C ou CS à 23 euros ? La convention de 2011 a clairement acté la mise en place d’une CCAM clinique, elle devient une urgence avec une revalorisation de la consultation de base dont le niveau est indigne mais, également, l’évolution financière des consultations complexes à travers le C2 mais, également, la mise en place du C3, demandée depuis plus d’un an par l’U.ME.SPE..

Le troisième élément transversal, touchant tous les actes, est la revalorisation du point travail dans le cadre de la CCAM technique. Nous arrivons à la dernière étape de cette CCAM mise en place en 2006 ; il faut, dès 2014, revaloriser le point travail qui a l’avantage de toucher toutes les spécialités, tous les actes.

Compte tenu des stabilisateurs économiques qui retardent de six à huit mois les résultats de toute négociation tarifaire, il est important qu’une négociation s’ouvre dans les plus brefs délais pour rendre justice à la médecine libérale face à son efficacité médico-économique. Bien sûr, nous sommes prêts à jouer la pertinence des actes, comme nous l’avons fait, dès 2007, à travers des accords de  bon usage des soins. Bien sûr, nous sommes prêts à évaluer la pertinence des volumes mais ceci ne peut se faire que dans une transparence totale maîtrisée par l’outil informatique entre la ville et l’hôpital, ce qui, à ce jour, n’a toujours pas été réalisé. A titre d’exemple : les actes d’anatomo-cytopathologie des structures hospitalières publiques sont largement surfacturés à travers un maquis organisationnel, en comparaison avec ceux de nos collègues anatomo-cytopathologistes libéraux. Mais ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Au moment où, à travers un parcours de soins, la politique nationale de santé confirme la volonté légitime de faire prendre en charge les pathologies chroniques en ville par les professionnels de santé libéraux, il est important que le PLFSS dégage des marges de manœuvres financières bien au-delà d’une fongibilité d’affichage (0,1 point ONDAM, 1% des budgets), pour que, réellement, la prise en compte de ces  patients qui nécessitent des pratiques coopératives, donc un professionnel de santé, quel qu’il soit, chargé de l’organisation technique de la prise en charge, bénéficie d’une enveloppe annuelle correspondant à une organisation forcément chronophage. Nous ne pouvons pas reproduire, dans ce nouveau schéma, celui connu depuis vingt ans dans le cadre de l’hospitalisation privée où toutes les missions transversales, dont celle de Président de la CME est la plus emblématique, se font sur le bénévolat.

Les chiffres sont ténus et réels, ils constituent pour l’U.ME.SPE./CSMF un véritable programme de revendications légitimes pour l’année 2014. Tout le reste, y compris la généralisation du tiers-payant, n’est que diversion et « poudre aux yeux ».