LA SANTE N’EST PAS UN BIEN DE CONSOMMATION

Au moment où, à travers une amélioration de la prise en charge des patients en médecine ambulatoire, des pratiques coopératives interprofessionnelles se mettent en place, il est étonnant de voir comment, par quelques mesures, le gouvernement, les députés, les sénateurs peuvent remettre en cause la qualité de notre système de soins.

Vouloir étendre brutalement le temps de validité des ordonnances de trois à cinq ans, en ophtalmologie et supprimer la nécessité d’une ordonnance pour l’achat de lentilles est une mesure sanitaire dangereuse. La consultation de l’ophtalmologiste conduit au dépistage de nombreuses maladies. Il en va de même de l’achat et de l’adaptation des lentilles. Ceci est d’autant plus aberrant que des propositions de meilleures coordinations entre les ophtalmologues et les orthoptistes ont vu le jour ; il suffit simplement d’accélérer ce processus alors, qu’au contraire, mettre la qualité de la prise en compte de notre vision dans les mains des opticiens, c’est la mettre en danger car il ne faut pas confondre professionnels de santé et ceux qui ont un rôle légitime dans un cadre commercial.

Le même processus est engagé dans la proposition de vente, en grandes surfaces, des méthodes de diagnostic personnel de la grossesse. Le diagnostic de grossesse nécessite certainement un encadrement par un professionnel de santé que la grossesse soit désirée ou non. Accepter cette dispensation dans les grandes surfaces c’est, à terme, reprendre les élucubrations soixante-huitardes d’Antoine : « la pilule en vente dans les Monoprix ».

C’est tout l’intérêt de l’UNPS, organisme qui représente officiellement l’ensemble des professionnels de santé, d’alerter nos concitoyens sur ces dérives inacceptables. Mais dans le même temps, nous avons le devoir de promouvoir, sur le terrain, la mise en place de pratiques coopératives interprofessionnelles. Pendant trop longtemps, les divisions entre les professionnels de santé ont bénéficié à ceux qui nous entourent et nous envient. La situation actuelle a un effet salutaire face aux attaques de l ‘extérieur comme nous l’avons montré récemment vis à vis de l’ostéopathie. L’ensemble des professionnels de santé concernés ont enfin fait corps pour exprimer clairement que la qualité des soins, le diagnostic, la thérapeutique, la prévention des effets secondaires, restent du domaine exclusif des professionnels de santé. Pour les autres, ils existent dans le cadre du bien-être ou dans le cadre commercial, ces deux entités n’étant en rien péjoratives mais ne correspondant pas à l’éthique portée par les professionnels de santé.

Pour revenir à notre propos sur la santé qui n’est pas un bien de consommation, il faut se féliciter de la décision de  la Cour de Cassation, en  2010, qui a débouté l’autorité de la Concurrence qui voulait pénaliser les syndicats en général, la CSMF et l’U.ME.SPE. en particulier, à la suite des mouvements de 2002 sur le DE. En tentant de bâillonner les syndicats, le gouvernement de l’époque nous a rendu service puisque, très clairement, la jurisprudence, à travers la Cour de Cassation, a débouté l’autorité de la Concurrence sur le principe que la santé n’était pas un produit de consommation comme les autres.

Il faut donc rester vigilant, accélérer nos propositions de regroupements à travers les maisons médicales pluridisciplinaires ou cabinets de groupe. Favoriser les consultations rapprochées pour mieux prendre en charge les patients et clairement expliquer à tous les hommes politiques, tous partis confondus, que la santé de nos concitoyens doit être confiée aux professionnels de santé et à personne d’autre.