LA PLACE DE LA MEDECINE SPECIALISEE LIBERALE DANS LE PARCOURS DE SOINS

Au moment où s’ouvre une négociation sur une meilleure prise en charge des patients par les professionnels de santé dans le secteur ambulatoire, il est important de rappeler la place de la médecine spécialisée de proximité dans le cadre du premier recours mais, aussi, au niveau du rôle de médecin correspondant consultant et dans la permanence des soins.

Dans un certain nombre de cas, la convention a prévu que les médecins spécialistes sont en accès direct puisque, à côté des médecins traitants, ils participent à la prise en charge des patients et à leur entrée dans le cadre d’une médecine coordonnée. C’est un rôle reconnu par tous qui ne doit pas être détourné dans le cadre de l’évolution des prises en charge actuelles ni par l’émergence de nouveaux périmètres de certains professionnels de santé. A titre d’exemple, dans le secteur ambulatoire, les médecins obstétriciens, les médecins gynécologues participent à la prise en charge des femmes aux côtés des médecins traitants et les spécificités développées par les sages femmes hospitalières ne se retrouvent pas en ville. Il faut donc être vigilant pour que le parcours de soins reste cohérent et on ne peut, comme le fait l’Assurance Maladie, mettre en place de multiples protocoles basés sur des pathologies sans prendre en compte la globalité du patient.

En ce qui concerne le rôle de recours et de consultant, la médecine spécialisée libérale a un rôle reconnu par nos concitoyens et qui se retrouvent déjà dans les faits lorsqu’une coordination a été mise en place rassemblant tous les professionnels de santé et la Mayenne en étant un excellent exemple où ils travaillent tous en coordination, médecins traitants / médecins correspondants / professionnels de santé. Dans ce cadre, exclure la médecine spécialisée de proximité serait un non sens tant au niveau de la qualité des soins pour les patients que de ses conséquences financières. Pour reprendre l’exemple de l’insuffisance cardiaque grave mis en évidence dans le cadre du PRADO, la Haute Autorité de Santé recommande une visite de cardiologie au moins une fois par an, 40 % des patients atteints d’insuffisance cardiaque grave n’ont pas cette visite et seuls les « ayatollahs » du Collège de Médecine Générale peuvent se réjouir de ce non respect d’un référentiel. Dans le PRADO, les cardiologues libéraux ont été impliqués et c’est tout l’intérêt, avec le médecin traitant, avec les professionnels de santé concernés, d’éviter, par une meilleure prise en charge, un recours trop précoce à l’hôpital. Cet exemple peut être décliné dans de nombreuses situations.

Enfin, en ce qui concerne la permanence des soins, les médecins spécialistes jouent un rôle de prise en charge et de recours. Il est anormal que, dans les centres d’urgences adossés à des établissements de soins privés, seules quelques lignes de gardes sont financées par les ARS. D’ailleurs, ce financement diminue chaque année au profit des structures hospitalières d’une manière analogue à la réduction des secteurs de gardes pour les médecins généralistes. Lorsque la Fédération Hospitalière de France veut remettre à plat les modes de financement des gardes et astreintes, il faut lui rappeler que, d’une part, un chiffre d’affaires ne correspond pas à un salaire et que, d’autre part, à juste titre tous les médecins hospitaliers mobilisés par les gardes et astreintes sont rémunérés, ce qui n’est pas le cas de leurs confrères libéraux. De plus, nous savons pertinemment que, dans certains hôpitaux généraux, ces listes d’astreinte sont virtuelles et servent de salaire complémentaire.

Ces vérités, nous les rappellerons dans le cadre de la stratégie nationale de santé, dans le cadre de la négociation que l’UNPS va mener sur les nouveaux modes de rémunérations et de coordination des soins et nous sommes particulièrement inquiets des déclarations du Président de la République qui ne veut plus mettre la pression sur les hôpitaux. Il faut rappeler que la médecine ambulatoire a respecté la maîtrise médicalisée, a fait des économies par rapport à l’enveloppe votée au Parlement, ce qui n’est pas le cas des structures hospitalières publiques.

2014 sera une année cruciale pour la médecine libérale et si le gouvernement suit les demandes du Président de la République nous irons vers un conflit tarifaire. 

Dr. Jean François REY