LA DIFFICULTÉ DE LA COMMUNICATION VIS À VIS DES MEDIAS GENERALISTES

Reprenant les résultats de l’Observatoire mis en place par le CISS, Radio Monte Carlo a fait «des dépassements d’honoraires et de leurs montants» ses grands titres dans la matinée du lundi 27 mai en incitant les auditeurs à téléphoner pour dire ce qu’ils pensent des dépassements d’honoraires et de leurs montants. C’est une technique facile, bien sûr que tous nos concitoyens souhaiteraient ne pas être obligés de payer des dépassements d’honoraires comme tout Français souhaiterait avoir de meilleurs revenus, payer moins d’impôts et ne pas avoir peur du chômage. Néanmoins, interviewé pendant dix minutes, le dimanche soir à 20 heures, nous sommes interpelés par la méconnaissance du sujet de la part des médias généralistes.

D’abord, il a fallu rappeler que, si les médecins du secteur 2 ont augmenté, au cours de ces dernières années, leurs dépassements d’honoraires, cela est lié, essentiellement, au blocage des actes techniques et chirurgicaux depuis plus de 20 ans par l’Assurance Maladie obligatoire. Et rappeler, immédiatement, que ceux qui sont réellement pénalisés, en dehors bien sûr des patients, ce sont les médecins du secteur 1 qui représentent 60 % des médecins spécialistes et qui ont leurs honoraires bloqués, sans possibilité de dépassements, et n’ont maintenu leurs revenus qu’en augmentant l’amplitude des heures d’ouverture de leurs cabinets.

C’est, également, expliquer à la journaliste que le secteur 2 a été mis en place en 1980 par Raymond BARRE car, déjà à l’époque, l’Assurance Maladie ne pouvait plus payer les actes médicaux à leur juste valeur, qu’un espace de liberté tarifaire a été offert à l’ensemble des médecins libéraux, toutes spécialités confondues, pour laisser la loi du marché permettre aux médecins qui le souhaitaient et qui acceptaient de payer de lourdes charges sociales, exercer en secteur 2. C’est également rappeler que l’Assurance Maladie s’est préoccupée à la fin des années 80, de l’augmentation importante des médecins exerçant en secteur 2, de leur concentration déjà à Paris, Neuilly, Lyon et sur la Côte d’Azur, ce qui a incité l’Assurance Maladie à proposer une nouvelle convention, ne laissant l’accès au secteur 2 uniquement aux anciens chefs de clinique et assimilés. Il faut rappeler que cette convention de 1990 a été signée par la seule FMF. C’est rappeler que le secteur 2 et les compléments d’honoraires ont augmenté, d’une manière significative, au cours de ces dix dernières années, du fait de l’amplification du blocage d’honoraires par rapport au coût de la pratique.

Répondre à cette interview, c’est également affirmer que l’exercice en secteur 2 est un choix tarifaire du praticien, en aucun cas, un gage de qualité, ce qui serait insultant pour la majorité des médecins spécialistes exerçant en secteur 1. Tout médecin, quel que soit son mode d’exercice, doit donner à ses patients, la meilleure qualité dans la réalisation des actes médicaux, ceci est un devoir déontologique et n’a rien à voir avec l’aspect tarifaire.
Enfin, dans le cadre de ce court entretien, c’est expliquer le caractère libéral mais social de la CSMF qui fait la promotion du contrat d’accès aux soins, signé dans le cadre de l’avenant n°8 et dans lequel les trois partenaires apportent, chacun, une partie de la solution à la problématique des dépassements d’honoraires :

- l’Assurance Maladie obligatoire en améliorant, certes partiellement, mais d’une réelle manière dans le cadre de la crise économique actuelle, la prise en charge des actes.
 
- les assurances complémentaires, et en particulier la Mutualité, ayant signé cet accord favorisant la prise en charge des compléments d’honoraires et, donc la disparition du reste à charge.

- les médecins libéraux, en acceptant de geler leurs tarifs, pendant 3 ans, sur la base de la pratique de l’année 2012.

Nous voyons aisément la difficulté de la communication faite en dernière minute par une journaliste aimable, non agressive mais ne connaissant pas le sujet et, bien sûr, la diffusion au cours de cette matinée volontairement provocatrice de phrases extraites d’une interview de plus de 10 minutes sans avoir, bien sûr, comme lors d’un entretien direct, la possibilité d’exposer la problématique, d’une manière cohérente et complète. Il est facile de nous reprocher un manque de communication mais la réalité est liée aux médias grand public qui ne sont plus favorables, par principe, aux médecins considérés, à tort comme des nantis qui, bien sûr, stigmatisent la situation de certaines régions où le secteur 2 est majoritaire et utilisent, également, la communication ultra libérale développée sur les réseaux sociaux par une minorité agissante mais dont les phrases maladroites contribuent à exacerber le ressenti face aux compléments d’honoraires.

Dans ce contexte, il est certain que la position de la CSMF est la seule logique, correspondant à notre devise libérale et sociale et il est plus confortable de répondre à cette interview lorsque l’on peut opposer aux dépassements du secteur 2, le contrat d’accès aux soins, dans l’intérêt des médecins et des patients.

Dr. Jean François REY