EN DIRECT DU SPECIALISTE 31 MAI 2018 - UN AVENANT POUR UNE NOUVELLE DYNAMIQUE CONVENTIONNELLE ?

1.   Editorial du Président – Patrick GASSER - 2.   Communiqués de presse « Les SPÉ-CSMF » - 3.   Communiqués de presse diffusés par les spécialités - 4.   Guide 2017 de la nomenclature en médecine spécialisée :  Rappel Modifications au 1er juin 2018 - 5.   Publications officielles et informations diverses - 6.   À Propos de : « En Direct du Spécialiste »  

EDITORIAL DU PRESIDENT

Nous ne tromperons personne en disant que cette signature est une signature de combat, elle ne l’est pas. Certains syndicats ont justifié l’accompagnement de la convention de 2016 en utilisant ce subterfuge, foutaise, ils n’ont fait qu’accompagner les décisions de Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, accepter sans broncher le tiers payant, accompagner l’article 99 pour mieux permettre au directeur de la caisse de diminuer les tarifs des radiologues, demain des autres spécialités. Ils ont sacrifié la revalorisation de la plus grande majorité des spécialités au profit d’une et d’une seule privilégiant le corporatisme, la chirurgie et, encore, pas toute la chirurgie. Cette idée est pour nous inacceptable !

Je l’accorde, les propositions tarifaires contenues dans cet avenant sont bien en-deçà des attentes du terrain, certains les considèrent insultantes aux vues des tarifs de la télé-expertise. Je l’accorde, mais restons pragmatiques, la caisse d’Assurance Maladie crée un nouvel acte correspondant à des usages jusqu’à présent non rémunérés (entretien téléphonique au sujet d’un patient connu avec un correspondant), il sera simplement nécessaire de mettre en place une traçabilité au travers de messagerie sécurisée pour être rémunéré. Alors pourquoi ne pas l’utiliser ? Regardons son utilisation avant de les mettre en pertes et profit !

Politiquement, la situation est très différente de 2016, notre environnement s’est profondément modifié. Il s’est produit un bouleversement à la suite de l’élection présidentielle que nous ne pouvons nier, nous obligeant à revoir nos positions. Trois raisons ont poussé le Comité Directeur à accompagner la CSMF à rentrer dans le champ conventionnel :

  • La première, et la principale, est basée sur la nécessité d’accompagner la mutation du métier de médecin, elle est inéluctable, nécessaire et sera conduite avec ou sans nous.  Les spécialistes veulent être présents, être force de propositions dans ce grand chantier de l’innovation. Vociférer, comme beaucoup savent le faire, ne nous sera pas d’une quelconque utilité.  Regardons autour de nous les apports du numérique, les NBIC vont bousculer nos procédures de prise en charge, l’intelligence artificielle va très vite s’imposer dans nos process de prise en charge. Quant à l’organisation, certains métiers veulent upgrader leurs compétences et personne ne peut s’y opposer à terme. Le décret sur les infirmières de pratique avancée est l’image même de cette évolution. Seule la CSMF était présente sur ce dossier, une indispensable présence. « Les Spé-CSMF » portent clairement l’innovation en santé, nous souhaitons accompagner cette mutation en partenariat avec les collèges professionnels, l’université, nos collègues salariés. Innover, c’est aussi remettre en cause la charte de la médecine libérale, les ordonnances Debré et le statut du médecin.
  • La seconde, c’est refuser les baisses tarifaires comme elles ont pu être mises en place chez les ophtalmologues mais, aussi, chez les radiologues au travers du plan imagerie. La seule avancée, dans ce nouveau plan, est l’installation d’une dose de maîtrise médicalisée des dépenses au travers d’un plan pertinence des actes, accompagné d’un partage des gains si les objectifs sont dépassés. Ce modèle est à porter, amplifier et valoriser. Il est, à l’heure actuelle, très imparfait car les gains, pour chacune des parties, ne sont pas identiques entre la caisse et la profession et ne le sont pas dès le premier euro, l’intérêt reste donc limité pour les producteurs de soins. Enfin, il n’est pas acceptable qu’un syndicat s’oppose à l’utilisation de cotations par des médecins spécialistes pour le même acte sous le prétexte qu’ils n’ont pas le titre de chirurgien. Notre participation à cette convention nous permettra de nous opposer de façon plus active à ce genre de manœuvre.
  • La troisième raison, c’est bien évidemment, comme je le souligne dans mon avant-propos, le contexte politique. Il a été bouleversé et le risque de voir disparaître, à l’image des politiques, les syndicats est une réalité. Certains applaudiront. Oui, nous avons besoin d’un vrai renouveau dans la pensée syndicale et « Les Spé-CSMF » en sont conscients. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ont construit un nouveau projet politique en recherchant des pistes pour répondre et proposer des solutions aux questions posées par la population, les financeurs, les gouvernants. Répondre à l’accessibilité aux soins pour tous et sur tous les territoires est notre priorité. Par contre, nous devons fédérer l’ensemble de la communauté spécialiste car cette réponse n’en incombe pas aux seuls libéraux et doit être très large et partagée.

Nous allons développer une interface entre tous les acteurs pour construire un projet d’avenir, balayant des idées anciennes et répondre aux aspirations de ce nouveau monde où géants du net, start-uppeurs, veulent être présents et actifs. L’innovation destructrice de Schumpeter est inéluctable, nous devons être proactifs pour accompagner cette mutation, apporter une valeur, une expertise, en collant aux usages de la population et non au nôtre.

Cet avenant est l’occasion d’inscrire tous les spécialistes dans un grand mouvement de reconstruction de notre système de soins. L’innovation et la valeur en santé, la diversité des exercices en sont les piliers indispensables pour conserver notre système à la Française.

Dr. Patrick GASSER