DONNER AUX PRATIQUES COOPERATIVES IINTERPROFESSIONNELLES UNE REALITE

Au cours de ces dernières années, nous avons vu des progrès significatifs dans la mise en place de pratiques coopératives interprofessionnelles. A travers le CNPS, puis l’UNPS, chacun jouant un rôle, l’un syndical, l’autre officiellement représentatif, les professions médicales et paramédicales, au niveau national, se sont retrouvées parfois confrontées mais toujours mieux comprises. Le travail fédérateur qu’a fait la CSMF, au niveau du CNPS, nous a, en particulier, permis de mettre en échec la Loi HPST dite « Loi Bachelot » car ce n’était pas simplement la CSMF seule qui s’opposait, c’était la majorité des professions médicales et paramédicales. Cette union, dans notre diversité, a fait notre force.

Par contre, la Loi HPST permet des expériences notamment dans la délégation de tâches. Il faut sortir de l’opposition délégation de tâches – transfert de tâches par un concept beaucoup plus intelligent et fédérateur, celui de pratiques coopératives interprofessionnelles à partir de protocoles mis en place et discutés d’une manière conjointe, chaque profession apportant sa spécificité, sa compétence et l’addition de nos diversités renforçant la prise en charge autour du patient. Ce concept est largement reconnu, c’est la seule manière de répondre à l’objectif de tous qui est d’éviter le recours systématique à l’hospitalisation lorsque le patient peut être pris en charge, d’une manière souvent plus pertinente et plus efficiente, par la médecine de ville en sachant que sous le terme de « médecine de ville » c’est l’ensemble des professions médicales et paramédicales qui est impliqué.

Un des exemples récents et particulièrement instructifs est celui de la prise en charge de la vision mais, également, bien sûr, de la totalité des pathologies oculaires par des actions conjointes entre les médecins ophtalmologues et les orthoptistes. A partir de positions initialement divergentes par le dialogue, par une meilleure connaissance les uns des autres, un consensus a été obtenu entre le SNOF et le SNAO représentant, d’une part, les médecins ophtalmologues, d’autre part, les orthoptistes. Ceci dans l’intérêt du patient en prenant en compte, d’une part, la déflation démographique des médecins ophtalmologues et de la nécessité de réduire les délais d’attente pour des examens de la vue et la prescription de lunettes mais, d’autre part, en conservant, comme axe de pratiques coopératives, le dépistage des maladies oculaires et leur prise en charge précoce. Et ceci s’oppose forcément aux positions commerciales des opticiens dont le nombre croît d’une manière inversement proportionnelle à celui des médecins ophtalmologues et dont les pratiques commerciales, si elles sont légitimes, ne peuvent s’impliquer comme ils le souhaiteraient dans une politique de santé. Nous sommes intervenus auprès de la Ministre de la Santé pour attirer son attention sur des propositions inacceptables de quelques Députés, sans doute, sollicités par un lobbysme actif des opticiens et qui oubliaient l’intérêt des patients. De même, il est particulièrement choquant de voir la publicité que fait Alain Afflelou sur la mise en place de lentilles qui doit rester, initialement, un geste et une prescription médicale. Les protocoles mis en place par les médecins ophtalmologues et les orthoptistes sont la réponse efficace à la demande de nos concitoyens et donc des politiques pour une prise en charge plus rapide.

Cet exemple récent doit nous renforcer dans la multiplication de ces pratiques interprofessionnelles, c’est ce que nous avons exprimé lors d’une audition par le Comité des Sages qui doit apporter des réponses pragmatiques à des solutions rapides pour améliorer notre système de soins. Bien entendu, ceci passe par une redistribution des moyens financiers, à partir du moment où la ville prend en charge, d’une manière plus importante, les patients, évite des hospitalisations inutiles, il faut progressivement mettre en place une fongibilité asymétrique des enveloppes. En effet, les pratiques coopératives interprofessionnelles nécessitent du temps de coordination. Le coordinateur doit être celui qui, auprès du patient, est le plus efficient, souvent le médecin traitant, parfois le médecin spécialiste mais, aussi, tous les paramédicaux impliqués dans la prise en charge des patients. Cette coordination est chronophage et justifie sous la forme de forfaits des enveloppes financières pérennes, identiques dans son concept, au paiement à l’acte qui reste, bien sûr, majoritaire pour les médecins.

Bien évidemment, il faut, qu’avec ces pratiques interprofessionnelles, nous bâtissions de nouveaux outils, d’abord un dossier médical de synthèse utile pour la communication des informations pertinentes entre les professionnels de santé, s’ouvrir sur une meilleure coordination avec le médico-social et l’espace sanitaire mais, aussi, favoriser le regroupement des professionnels de santé sous toutes les formes et répondre ainsi à l’attente de nos jeunes confrères lorsqu’ils veulent se lancer dans l’aventure du libéral.