COUR DES COMPTES ET MEDECINE SPECIALISEE

Le rapport de la Cour des Comptes, chaque année, doit être lu avec une attention particulière même si l’on ne partage pas l’optique choisie, le plus souvent d’une manière comptable, voire politique sans prendre en compte les spécificités de l’objet de leurs études. Le parcours de soins fait l’objet, à juste titre, de critiques depuis sa mise en place en 2006. Il se voulait un moyen de rapprochement entre le médecin traitant et le médecin correspondant autour du patient, la volonté de la caisse d’Assurance Maladie de considérer le nombre d’adhésions des français à un médecin traitant spécialiste en médecine générale a fait parfois de ce parcours un élément administratif et non médical. A titre d’exemple, les lettres adressées par quelques caisses primaires d’Assurance Maladie demandant au patient d’avoir une lettre d’adressage du médecin généraliste pour consulter un spécialiste, ceci n’a jamais été écrit dans la convention.

A l’époque, si nous avons accepté la logique du médecin traitant, nous avons eu la prudence d’éviter un système à l’anglaise avec un médecin traitant «gatekeeper». Nous avons laissé la liberté au médecin spécialiste consultant d’être maître du codage pouvant donc inscrire un patient dans le parcours de soins quel que soit le mode d’adressage, y compris lorsque le patient le consulte avec pertinence pour une maladie de sa compétence. Ceci a été difficilement compris au début de la mise en place de la convention entrainant des pertes d’activités pour certaines spécialités cliniques qui ont été compensées, par des mesures spécifiques mises en place à travers des avenants mais, également, par le bon sens de nos concitoyens qui ont  rapidement compris les modalités d’adressage.

En corollaire, nous avons obtenu que le C2, acte de consultant, soit étendu à l’ensemble des médecins spécialistes, quels que soient leurs titres initiaux, avec les modalités d’adressage que nous avons longuement décrites et répétées avec Yves DECALF pour donner toute sa place au médecin consultant et en réduisant encore la période de revoyure de six à quatre mois dans le cadre de l’avenant n° 8. De fait, aujourd’hui, l’acte clinique de base du médecin consultant est devenu le C2 à 46 euros. Certaines spécialités ont particulièrement intégré ce concept ; il reste encore trop souvent mal compris par un grand nombre de nos confrères et reste difficilement applicable pour les pédiatres du fait d’un adressage particulier lié à la tranche d’âge.

Le rapport de la Cour des Comptes fait valoir que la mise en place du parcours de soins a été financièrement plus favorable aux médecins spécialistes. Il faut prendre, bien sûr, cette analyse avec précaution mais elle correspond à notre volonté de valoriser parallèlement le rôle du médecin traitant, le rôle du médecin correspondant dans le cadre de la médecine clinique. En effet, les gains financiers obtenus par les médecins spécialistes sont liés essentiellement à l’utilisation du C2 acte de consultant. Elle bénéficie, bien sûr, aux spécialités cliniques mais également aux spécialités médico-techniques dans le cadre de leur exercice clinique. A titre d’exemple, les hépato-gastroentérologues ont leurs actes techniques bloqués depuis vingt ans, comme la plupart des actes techniques diagnostics ; les bénéfices de la CCAM technique, pour les actes gagnants, ont étés érodés par l’érosion monétaire. C’est donc une revalorisation des spécialités cliniques, le plus souvent les moins favorisées sur le plan financier, que reconnaît le rapport de la Cour des Comptes.

Face aux attentes légitimes de nos adhérents, aux critiques souvent non fondées développées au cours de ces derniers mois sur les réseaux sociaux par une minorité corporatiste et souvent égoïste, il faut retenir, du  rapport de la Cour des Comptes, la reconnaissance de la politique menée au cours de ces huit dernières années par l’U.ME.SPE./CSMF et demander que, dans le cadre du parcours de soins, l’on renforce à la fois le rôle du médecin traitant mais également la place du médecin correspondant dans le cadre de la prise en charge des patients dans le système ambulatoire avec, bien sûr, des moyens financiers pour mettre en place une coordination plus efficace, comme nous l’a demandé récemment la Ministre de la Santé, Marisol TOURAINE, et en mettant ainsi, autour du patient, toutes les compétences pour éviter des recours aux urgences mais également pour les pathologies chroniques une prise en charge hospitalière qui n’a pas lieu d’être dans un grand nombre de cas. Il faut recentrer l’hôpital public sur ses missions réelles et faire prendre en charge, dans le système ambulatoire, moins coûteux, les pathologies chroniques et conserver la spécificité de la médecine française qui fait son excellence d’avoir des médecins spécialistes à l’hôpital et en ville.